Les contes de Pere Guisset

Les Faucheurs - Français Rêve ou miracle ?

C'est une tradition, une ancienne tradition, la flamme, la flamme qui allumera tous les feux de la St Jean, part la veille du jour des feux, de la Casa Pairal, monte, portée par de jeunes montagnards aux jarrets solides et à la foi inébranlable en cette flamme de l'amitié, jusqu'au sommet du Canigou.


Là, elle sera veillée toute la nuit, le lendemain, jour attendu des feux, les jeunes, après un court repos, toujours prêts, toujours dispos, l'enferment dans une lampe tempête, et la descendent vers la plaine, courant, enjambant les ruisseaux, sautant les torrents, traversant les rivières, se transmettant par relais la flamme sacrée. Cette flamme doit arriver avant la nuit, dans chaque village, aussi bien que dans le plus reculé des hameaux, partout où l'attend le bûcher préparé par de fervents amoureux de nos traditions.
Au signal venu du pic Canigou, tous les feux s'allumeront dans l'allégresse générale. Allumés par la flamme immortelle, véritable feux de joie, feux d'amitié et d'espoir, vous êtes une de nos plus belles traditions !


Je les salue, ceux qui montent le bois sec, ceux qui préparent le bûcher, ceux qui montent la flamme au sommet du pic, ceux qui veillent la flamme et les coureurs, ces jeunes qui se relayent, qui courent dans les chemins escarpés de nos montagnes ou sur les routes de la plaine, je les salue tous; Il faut vraiment avoir la foi !
J'admire, tous les participants actifs qui perpétuent la célébration d'une pareille fête, ceci, parce que, ayant participé moi-même, très activement, une fois, une seule fois à la réussite des feux de la Saint Jean, je sais ce que celà demande parfois de peines et de sacrifices.
Je fus, cette année là, un participant occasionnel, imprévu, mais un participant tout de même, qui a tout fait pour que soit réussie cette fête séculaire et traditionnelle.
Je vais vous exposer les faits. Sachez tout d'abord que si j'ai participé, ce n'est, il est vrai, parce que le hasard ou le destin, appelez ça comme bon vous semble, a voulu que je sois à tel moment, à tel endroit. Ces faits, je vais vous les exposer, tels qu'ils sont restés dans ma mémoire ! Vous tirerez les conclusions vous-même ! Je ne cherche pas à influencer qui que ce soit.
Je me reposais quelques jours, chez mon vieil ami, Jean de "Can Tirasoldat" .Le mas "Tirasoldat", s'accroche depuis des lustres au flanc de la montagne et se cache timidement dans les châtaigniers et les chênes verts, c'est un vieux mas, un très vieux mas, pittoresque, bien exposé face au soleil levant, dans l'air sain de nos montagnes, site idéal, endroit rêvé pour hâte la guérison d'un très mauvais rhume tournant en bronchite, que j'avais contracté, je ne sais comment.
Cet après-midi là, après-midi d'un mois de juin, se formait sur le Canigou un orage menaçant ! L'air était lourd et au loin, comme un roulement de tambour, le tonnerre grondait, quelques éclairs déchiraient le ciel, les bêtes affolées, se hâtaient vers leur gîte, leur terrier, leur nid ou un refuge quelconque !
Sur le sentier menant au mas, je me dépéchais, j'allongeais le pas, par crainte d'être surpris par cet orage qui s'annonçait assez violent ! Après le "correc" de la "Guilla blanca", passé en sautant de pierre en pierre, je pris le raccourci, accompagnant à la fontaine "del bigarrat", ce sentier encaissé dans des rochers, couvert de mousse, ce sentier qu'empruntaient en leur temps, les muletiers et les contrebandiers, ce sentier que n'empruntent plus aujourd'hui, que les sangliers, les renards, et les quelques chèvres qu'élèvent les vieux montagnards du mas "Bufafocs"  ! (je cite tous ces noms de lieux, pour ceux qui connaissent cette région ou plutôt, ce coin de notre montagne) !
Je pris donc ce sentier envahi par les genêts, les ronces, et arbustes rabougris, ce sentier étroit et malaisé, qui après le bois "del Rocallam", longe le précipice dit "el cingle de les viudes", lieu réputé maudit, réputation à ce jour entretenue vivante par de nombreuses légendes, plus ou moins effrayantes ! C'est là, paraît-il, que les femmes se débarrassaient de leurs maris encombrants !
C'est en traversant le bois "del Rocallam", que j'entendis les appels et gémissements ! C'était un garçon d'une vingtaine d'années, qui, victime d'une chute, souffrait d'une entorse douloureuse ! Il tenait, fait étrange, une lampe tempête à la main ! une lampe allumée, en plein jour !
Il refusa mes soins, me demanda simplement d'avertir les vieux du mas "Bufafocs", qui s'occuperaient de lui me dit-il, mais il me supplia de sauver la flamme ! c'est la flamme qui ce soir, doit allumer les feux de la Saint Jean.
Je vous en prie, me supplia ce blessé, il faut porter cette flamme jusqu'au pré du mas "Bufafocs", un copain l'attend pour la porter plus loin. De relais en relais, cette flamme doit arriver dans la plaine et surtout, me recommanda le jeune garçon, avec ferveur, si l'orage tombe, veillez sur la lampe, veillez sur la flamme, je compte sur vous, c'est une chaîne de l'amitié, elle ne doit pas être brisée ! Faites vite et que Saint Jean vous aide !
Voilà comment j'ai pris ce jour là, le départ de ma participation active et imprévisible, à la vieille tradition des feux de la Saint Jean !
J'étais devenu un porteur de la flamme, un relayeur indispensable, et comme un jeune homme, oubliant ma bronchite, je courais, sautais les ruisseaux et les "correcs" comme un isard dans nos hautes cimes !
L'orage courait derrière moi, grondant, coléreux, lançant quelques éclairs fulgurants, mais pour sauver la flamme, je courais, je courais de plus en plus vite, je courais à perdre haleine ! mais, extraordinairement, je ne perdais pas haleine ! je courais la lampe à la main, l'orage sur mes talons, je courais, à mon âge, moi, un bronchiteux, je courais comme un vrai coureur de course de fond, comme un habitué des marathons olympiques !
Au "cingle de les viudes", l'orage me rattrapa ! en une minute, pris dans cette tourmente, je fus trempé, giflé, aveuglé par la pluie, poussé par un vent terrifiant, vers le précipice maudit ! Je trébuchais sur une perfide racine, et ce fut la chute ! Une chute de vingt mètres, quasiment à pic ! Ce furent des secondes affreuses, je glissais, je roulais, m'accrochant aux touffes d'herbes, aux aspérités des rochers, je tombais vers le torrent déjà grossi par l'orage, je tombais vers la mort certaine.
Mais, arrêté dans ma chute à un mètre des eaux furieuses, par un chêne vert providentiel, j'étais indemne ! boueux, mouillé, assourdi par le tonnerre, effrayé, sans voix, mais indemne ! pas une égratignure, pas une bosse, pas le moindre bleu !
J'étais indemne, mais désespéré par la perte de la lampe, la lampe avait disparu, la lampe et la flamme sacrée ! sûrement emportées par le torrent en crue !
Je pouvais pourtant m'estimer heureux, tomber dans ce précipice et avec une tempête pareille, et me retrouver au fond indemne, à un mètre du torrent, cela tenait du miracle ! c'était un miracle !
L'orage redoublant de violence, il fallait, avant que l'eau du torrent ne monte encore, il fallait remonter du fond de ce maudit précipice et ce n'était pas une entreprise aisée ! J'eus l'impression, que quelqu’un me donnait la main, m'aidait, me soutenait, et nouveau fait étrange, je me sentais fort, courageux, intrépide Je me retrouvais donc, sans efforts sur le sentier, sentier balayé par le vent et la pluie, là, je n'en crus pas mes yeux, là sur une pierre plate,posée sur le bord du sentier, la lampe était là, la lampe et la flamme bien vivante !
Si j'étais crotté, trempé jusqu'aux os, sur la lampe, pas une goutte n'était tombée, ne tombait, et ne tomba par la suite, le vent l’avait épargnée, l’épargnait, et l'épargna aussi !
C’était encore miraculeux ! Je repris, et la lampe et ma course jusqu'au mas "Bufafocs", remis la lampe et sa flamme sacrée au nouveau porteur qui continua vers la plaine,cette chaîne de l’amitié et je tombais, évanoui. Je retrouvais mes esprits, couché dans mon lit, dans la chambre du mas de "Can Tirasoldat", mon ami Jean et sa femme étaient prés de moi, prévenants et inquiets ! Jean me dit que le facteur m'avait trouvé, évanoui dans le pré, prés du mas "Bufafocs" !
Les vieux métayers du mas "Bufafocs", tout comme le facteur ont supposé, me dit-il encore, que je m'étais égaré pendant l'orage et m'étais évanoui complètement épuisé ! Il y avait de cela trois heures ! Je lui racontais mon histoire, l'histoire du blessé, de la lampe, du "cingle de les viudes" et des miracles ! Incrédule, il sourit ironiquement et me dit: "dors, tu as de la fièvre, beaucoup de fièvre, et tu as reçu un choc à la tête, nous allons bien te soigner, tu seras vite sur pieds".
Mon histoire ! ni mon ami Jean de "Can Tirasoldat" ni sa femme, ni les vieux de "Bufafocs", ni personne au village, n'ont voulu la croire ! et pourtant je suis sûr d'avoir vécu ces faits, ce n'était pas un rêve du à mon état fiévreux, c'étaient réellement des miracles !

Pere Guisset © reproductions interdites sans accord
Tiré de l'histoire Rêve ou miracle.

Pere Guisset
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CAT Un miracle o que?

La flama! sabeu que partint del llum d'oli de la casa pairal, la vigília dels focs, la flama ha de pujar allà dalt,
portada per muntanyols alertes i riallers,
Que com els isards, corren pels penyaters,
Fins al cim del Canigó.


Pujarà la flama sagrada, que tota una nit, per gent de fe, serà vetllada. L'endemà, saltant rius, saltant còrrecs, saltant riberes, portada per una joventut amb cames lleugeres. La flama baixa, corre fins cada racó del país català, A on una foguera a punt, dins la nit s'encendrà. El saludi, el que puja la llenya, el que puja la flama al cim del Canigó,
El que la vetlla, el que la porta, el corredor,
Jo que sé de què va ! Jo, que una vigília de Sant Joan,
Per a portar la flama, vaig ser participant !
Un participant imprevist, un participant ocasional,
Perqué em vaig trobar just en aquell moment, just en aquell rodal !
Aquell dia de juny, de l'any . l'any, poc que em recordarà !
Vaig a us explicar els fets i els creurà qui voldrà !
Em reposava, una passada, al mas de can Tirasoldat,
Provant de curar-me un refredat,que en bronquitis s'havia tornat!
Aquella tarda, sobre el Canigó, es formava un temporal,
Lluny, lluny, els núvols tustaven sobre un tabal,
Sobre un sender, anavi llest, allargant el pas,
Per ser, abans del temporal, al reparo al mas !
A un revolt del camí, allargat al sol, hi havia un minyonet,
Gemegant i suant de destret !
Un genoll en sang, un peu com un botifarró,
Tenint a la mà una llanterna, es torcia de dolor !
Jo, bona ànima, vaig anar arreu portar-li ajuda !
Mes el ninet va dir, no feu cas de la meva caiguda,
No us preocupeu de la meu ferida, no us cuideu de la meva cama,
Salveu, salveu la llanterna, salveu la flama !
És la flama dels focs de Sant Joan,
Sense ella, molts de pobles, els focs no encendran !
Porteu-lé, porteu-lé, fins l'altre corredor,
Que l'espera, per d'allà del mas d'en Rosegó !
Correu, i si cau el temporal, vigileu que la flama no atudi,
Aneu de pressa, i que Sant Joan us ajudi !
Malgrat la meva edat, els trenta anys de més,
Tal com el ninet, corria pels camís travessers,
Corria pensant al ferit, corria jo un bronquitos!
Per salvar la flama, fugia el temporal que em seguia als talós !
Enrabiat, corria al darrera meu, un núvol furiós,
Tirant de tant en tant, un llampec espantós !
És al cim d'un daltabaix, a on mai cap senglar no puja,
Que em van agafar, el vent i la pluja.
Vaig ésser agafat, mollat, capgirat !
Al fons del cingle, mai no he sapigut com hi havia baixat !
No sé, si va ser, de caps o de culs, no sé com no em vaig trencar el coll !
Mes vaig sortir indemne, només brut, fangós i moll !
Moll i desesperat ! I la llanterna, a on era ??
Segur que havia desaparegut dins la ribera !
Si jo, havia sortit quitis, nomós amb un espant,
Podia dir adéu-siau a la flama de Sant Joan !
Com de més en més, s'enrabiava el temporal,
A tornar pujar fins el cim, hagués tingut mal !
Mes, ja podia caure la pluja, bufar el vent, l'arrel m'entrebancar,
Em semblava que algú, em sostenia, que em donava la mà.
Mes, el que em va estranyar més, és que sobre el camí.
Sobre d'un roc planer, llanterna i flama vivaç, eren aquí !
Si jo, no tenia un pèl de sec, si com un porcell eri brut,
Sobre la llanterna, tota lluenta, pas una gota no havia caigut !

Pere GUISSET

Pere Guisset © reproductions interdites sans accord
Tiré de l'histoire Rêve ou miracle.